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13 11 2017

13 novembre 2017 : c’était hier

2017-11-13T10:19:39+00:00 13 novembre 2017|Non classé|0 Comments

13 novembre 2015, c’était hier.

Il y a des dates difficiles à oublier. Le soir du 13 novembre 2015, nous faisions notre traditionnel apéro du vendredi avec des amis dans un bar du Marais. Protégés du réseau téléphonique par d’épais murs, nous n’avons pas eu vent de l’horreur qui se tramait non loin de là. Ce n’est qu’en sortant que nos téléphones se sont mis à chauffer : appels, SMS catastrophés… Malgré les nombreuses caipirinhas ingurgitées ce soir-là, l’ambiance est vite retombée et une chape de plomb s’est abattue sur notre groupe. Je me rappelle de mon (futur) mari, au boulot à ce moment-là, me crier au téléphone : « ils ont tué des gens, c’est un massacre, rentre à la maison bordel ! ».

Soudain, tout paraît irréel.

Nous avons continué notre chemin vers le McDo pas loin – car on fait un « traditionnel » McDo pour éponger la cuite… en silence. Sur le chemin, les téléphones continuent de sonner. Vibrer. Des proches s’inquiètent. Demandent des nouvelles. Personne ne parle ou alors on échange quelques banalités chuchotées à voix basse. Une voiture passe à proximité et, instinctivement, on sent les genoux se plier. La psychose s’installe. A table, l’appétit ne vient pas. On consulte les quelques infos qui parviennent, on regarde les fils Twitter… Mais c’est surtout le silence assourdissant que le retiens. Nouvel appel de mon copain : « Mais qu’est-ce que tu fous à McDo, RENTRE ! »

Je suis donc rentré. Dans la ligne 8, une femme pleure, hystérique : « Ils ont tué tout le monde, c’était horrible ». Elle hurle. Parle de sang. Là encore, le silence. J’ai les yeux rivés sur mon téléphone. Pas de réseau. Pas de nouvelles.

Arrivé chez moi, je découvre l’ampleur des tueries. Je me rappelle avoir pleuré devant les images qui défilaient. J’ai veillé jusqu’à tard dans la nuit, le chat sur mes genoux… Sur les réseaux sociaux, les premiers vautours ont commencé à survoler les cadavres encore chauds. Heureusement, pendant que la fachosphère s’activait ligne, des anonymes proposaient des abris pour la nuit aux personnes ne pouvant regagner leur domicile.

La peur s’est installée. Nous avons commencé à voir les visages de ces anonymes fauchés par la bêtise humaine apparaître sur les réseaux sociaux. Et pourtant, nous avons continué de vivre. Le lendemain, nous avons fêté l’anniversaire d’un ami, dans un bar. Certes, le rideau de fer était baissé et nous avions les yeux rivés vers les sorties de secours… mais nous avons bu, dansé et parlé. Toutes ces banalités que les fous de dieu détestent. Nous n’en menions pas large, mais nous avons relevé la tête… On a continué de vivre. Continué de sortir, danser, rire, dessiner, baiser. C’est le meilleur doigt d’honneur que nous pouvions leur faire.